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06-déc.-2011

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Sous la Revolution p2

 


Le régiment du prince-évêque de Bâle en bataille. Colonel baron de Reinach-Steinbrunn
Aquarelle au baron de Reinach-Hirtzbach, à Hirtzbach (Haut-Rhin). Photo Braun, Mulhouse-Dornach

 

 

LA REVOLUTION FRANCAISE

PREMIERES ECHAUFFOUREES A PARIS EN 1789

 
Les régiments suisses de Salis-Samaden, Lullin-de Châteauvieux, De Diesbach et de Reinach sont appelés à Paris pour le service d'ordre.
Le Lieutenant-Général de Besenval commande les troupes rassemblées au Champ de Mars.

 

"La parole, qui trop souvent n'est qu'un mot pour l'homme de haute politique, devient un fait légèrement, ou avec perfidie, l'autre l'écrit sur la poussière avec son sang, et c'est pour cela qu'il est honoré de tous, par dessus tous, et que beaucoup doivent baisser les yeux devant lui."

Alfred De Vigny,
Servitude et grandeur militaire.

 


Régiment des Gardes-Suisses
de France, 1791
Lithographie Paul Petit, Paris. Collection Pelet, Lausanne

Dès le mois de mai 1789, de nombreuses troupes arrivèrent successivement à Paris et campèrent au Champ-de-Mars, dans l'avenue des Champs-Elysées et à l'Ecole militaire. C'étaient les régiments d'infanterie suisse de Salis-Samaden, Lullin-de Châteauvieux, de Diesbach et de Reinach, les Cavaliers du Royal­Allemand, les hussards de Bercheny et d'Ester­hazy. Salis venait de Mantes, Lullin d'Orléans, Diesbach d'Arras. Ce dernier régiment entra un soir dans Paris complètement épuisé par une marche forcée de quinze lieues en un jour. Plus de 150 hommes étaient tombés en route. Sitôt les faisceaux formés, les soldats à bout de forces s'endormirent pêle-mêle près de leurs armes. La foule hostile, maintenue à grand' peine par un

Etienne Rieu, de Genève (1752-1821)
Capitaine au régiment suisse de Diesbach
en 1792. Chevalier du Mérite militaire
Portrait à Sir J.-L. Rieu, K. C. S. Alassio

cordon de sentinelles, s'ameuta autour des bataillons harassés qui s'étaient laissés choir sur le pavé brûlant des rues. Les vivres manquaient. Personne n'avait le droit d'en aller quérir. C'eut été dangereux de s'écarter. « M. de Besenval ne voulut pas même permettre aux officiers d'aller manger un morceau au Gros­Caillou (Journal du sous-lieutenant Jos.de Diesbach-de Torny). » Reinach, accouru de Soissons, traversa silencieusement le Bois de Boulogne pour se rendre à Saint-Cloud.

Le lieutenant-général de Besenval comman­dait toutes ces troupes. Son quartier général était à l'Ecole militaire. Il disposait d'environ 7000 fantassins suisses et de 1500 cavaliers. La pré­sence de ces corps étrangers, suisses, allemands, hongrois inquiétait les Parisiens et excitait leur méfiance. Encouragés par l'attitude de l'Assemblée nationale, ils bravaient ouvertement l'autorité du roi. Les motions les plus incendiaires partaient tous les jours du faubourg Saint-Antoine ou du Palais Royal, rendez-vous des mécontents, et se répandaient dans tous les quartiers.

 

Pendant plusieurs semaines, le Champ-de-Mars mérita bien son nom. Sur la place hérissée de tentes, de fusils en faisceaux, de files de chevaux à la corde, attendaient les régiments fidèles. Tout le jour, le camp bourdonnait comme une ruche, c'était un fourmillement d'habits rouges dans lequel on reconnaissait les parements verts de Château­vieux, les revers bleus de Diesbach, blancs de Reinach et les cols jaunes de Salis-Samaden. Une foule de badauds, attirés par la nouveauté du spectacle, encombrait les abords de la place. Pas de repos possible sous les tentes, la chaleur était intolérable. Les officiers recevaient des visites pour tromper l'ennui des interminables journées. « Le 11 juillet, raconte le lieutenant Gaudenz de Salis dans son journal, Mme Grenut, de Genève, et ses fils, vinrent me voir et je lui fis faire le tour du camp avec M. de Planta (Journal du lieutenant de Salis cité par Adolf Frey: Gaudenz v. Salis-Seewis, Frauenfeld, 1889, p. 252). » Des jupes à fleurs frôlaient les petites tentes où les soldats accablés de fatigue s'assoupissaient entre deux alertes. D'autres fois, c'étaient les officiers des Gardes-Suisses qui venaient de Rueil ou de Courbevoie passer quelques instants avec leurs camarades des autres régiments. Minutes d'abandon vite envolées, où s'échangeaient les nou­velles du pays, où se renouvelaient de vieilles amitiés. Ceux des gardes, habitués au tumulte de Paris paraissaient les plus gais et les plus insouciants; deux ans de martyre s'ouvraient devant eux pour aboutir à la catastrophe finale.

 


Régiment suisse de Diesbach, 1789
Propagande révolutionnaire au camp
Aquarelle de la collection Ch.-Felix Keller, Paris


Soldats du régiment de Diesbach (à gauche)
de Reinach (à droite)
Aquarelle à la Bibliothèque nationale, Berne


L'attitude des meneurs devenait de plus en plus menaçante, « parce qu'ils ne pouvaient pas nous gagner à l'infidélité et à l'insubordina­tion », dit Salis. Chaque nuit, pendant quinze jours, il y eut des alarmes. On ne dormait guère plus de deux heures de suite; des coups de feu partis de l'ombre venaient blesser et tuer les factionnaires. Des compagnies réveillées en sursaut, prenaient les armes et s'enfonçaient dans les rues sombres, vers des quartiers inconnus où il fallait stationner de longues heures à écouter les menaces de mort d'une foule surexcitée. Le matin, à la diane, les hommes exaspérés les nerfs tendus rentraient au camp pour être alarmes quelques heures plus tard. La nuit du 12 au 13 juillet, le régi­ment de Salis fut neuf heures sous les armes par une pluie battante et ne pu prendre la moindre nourriture pendant dix-neuf heures. (Journal de Salis.)

Un jour, plusieurs compagnies des gardes-françaises forcèrent la consigne et, malgré les efforts des officiers et des sergents pour les retenir, s'échappèrent et s'en allèrent remplir les cabarets de Vaugirard et les jardins du Palais Royal. Là, au milieu des filles, des tripots et des gens sans aveu, on but à la Nation, on s'embrassa en pleurant de joie. Le vin coulait à flots. Les officiers qui voulurent ramener les hommes au devoir furent expulsés. L'orgie se prolongea plusieurs jours. Le roi, faible et indécis, laissa les mutins impunis. L'anarchie se propagea. Des artilleurs suivirent l'exemple des gardes-françaises. Dans les corps suisses,par contre, la fidélité des soldats n'était pas mise en question, malgré toutes les séductions qu'employèrent les « patriotes ».

 

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Cette page a été mis à jour le 29-oct.-2005

 

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