Sous la Revolution p2                                        

06-déc.-2011

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Le vieux maréchal de Broglie commandait à Versailles où l'on avait accumulé près de 20000 hommes. Il avait fait du château son quartier général et du jardin un camp. Au fond de la cour de marbre, les bâtiments apparaissaient majestueux, avec des trophées sculptés sur les façades. Dans les jardins, les parterres d'eau s'étendaient immobiles. La perspective fuyante de l'Allée Royale était sillonnée de patrouilles et d'estafettes. Devant la grille, surmontée d'emblèmes dorés, veillaient deux gardes­suisses; on avait toujours vu à ce poste un Français et un Suisse, mais le roi avait supprimé le service des gardes-françaises depuis leur mutinerie.

Un bataillon des Gardes-Suisses occupait l'Orangerie; l'antichambre du maréchal était remplie d'ordonnances de tous les régiments et d'aides de camp prêts à monter à cheval. On y voyait des bureaux et des commis occupés à écrire. On donnait une liste d'officiers généraux employés, on faisait un ordre de bataille. Une pareille mise en scène ne fit qu'accroître l'inquiétude de l'Assemblée nationale et hâta la Révolution.

 


Le 12 juillet 1789, les troupes dispersent une manifestation révolutionnaire sur la place Louis XV (Concorde)
Bibliothèque nationale, Berne


 


A partir du mois de juillet, les alertes devinrent continuelles, et l'audace de ceux qui insultaient les soldats alla croissant. Le régiment de Reinach, cantonné à Saint-Cloud, gardait le pont de Sèvres où l'on avait placé du canon. La troupe était sur pied jour et nuit. Le 11, un rassemblement considérable se forma autour du quartier. Une espèce d'hercule, plus hardi que les autres émeutiers, s'avança et vociférant, invectiva les soldats et provoqua les officiers. Le chevalier d'Andlau, d'Arlesheim, près de Bâle, sous-lieutenant de grenadiers, un homme superbe, lui donna un coup de plat de sabre entre les deux épaules qui l'étendit raide mort sur le carreau. La foule impressionnée se retira. Tout le jour, les soldats de Reinach virent passer des bandes de gardes-françaises avinées, qu'accompagnait une foule en délire. Les déserteurs invitaient les Suisses à les suivre à Paris, leur promettant de l'argent et de l'avancement. On dédaignait de répondre. Les sollicitations se répétèrent le lendemain. Cette fois, raconte le lieutenant Roesselet « vingt-deux mauvais sujets >} se laissèrent entraîner
(Souvenirs d'Abraham Roesseler, de Bienne, publiés par R. De Steiger. Neuchâtel, 1857, p 22). "A chaque pas, on rencontrait dans les rues des hommes dont l'aspect effrayant annonçait la soif du sang et du pillage (Besenval : Mémoires, II, 357)."

 

 

Le dimanche 12 juillet, vers midi, la nouvelle de la destitution de Necker, ministre des finances, se répand dans Paris. «Aux armes! s'écrie Camille Desmoulins, les Suisses et les Allemands du Champ-de-Mars entreront ce soir dans la ville pour égorger les habitants. » Le peuple, échauffé par ces discours, s'ameute et se porte en colonne immense sur la place Louis XV. V ers la place Vendôme, cette foule rencontre les escadrons du Royal-Allemand qui fondent sur elle et la repoussent dans la rue Royale. Un vieillard est tué dans la bagarre; à la vue du sang, la multitude exaspérée enfonce les boutiques des armuriers et s'apprête au combat. C'est alors que les gardes­françaises désertent en masse, se mêlent au peuple, attaquent les cavaliers du Royal­Allemand et impriment ainsi à la Révolution son premier mouvement. Ils organisent méthodiquement la révolte et formeront plus tard le noyau et les cadres de la garde nationale de Paris.

Les mesures sont prises; aussitôt trois bataillons des Gardes-Suisses et Salis­Samaden vont se porter aux Champs-Elysées avec quatre pièces de canon. En passant près du jardin des Tuileries, Salis essuie une vive fusillade. Les troupes qui se rendent à la place Louis XV sont assaillies de propos injurieux, bombardées à coups de pierres et de pistolet; plusieurs hommes sont grièvement blessés, sans qu'il échappe un geste menaçant aux soldats tant est respecté l'ordre de ne pas répandre une seule goutte de sang des citoyens si l'on n'est pas attaqué. Le désordre augmente, un vent de folie passe sur la ville, des rixes s'engagent un peu partout entre le peuple et les troupes. Vers les Il heures du soir, les gardes-françaises, au nombre d'environ douze cents, suivies de quelques milliers de manifestants, se dirigent à la lueur des flambeaux vers la place Louis XV, pour en chasser les troupes réglées.

 

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L'embarras de Besenval est extrême, le roi ne lui envoie aucun ordre. Doit-il prendre la responsabilité de balayer le peuple 1 Laissera-t-il, au contraire, cette foule se livrer à des excès que plus tard on lui reprocherait certainement 1 « Toutes choses considérées, raconte Besenval, je crus que le plus sage était de retirer les troupes et de livrer Paris à lui-même. C'est à quoi je me déterminai, vers une heure du matin.»

Les régiments se concentrent donc au Champ-de-Mars. L'insurrection a le champ libre. Des bandes de malfaiteurs en profitent pour piller Saint-Lazare, pour dévaliser les orfèvres et forcer les boutiques des marchands de vin. Des incendies s'allument au faubourg Saint-Antoine, au faubourg Saint-Honoré.

Les gardes-françaises emploient la journée du 13 à organiser leurs forces. Les plus instruits indiquent les moyens de se rendre maîtres de la Bastille dont l'attaque était résolue depuis longtemps dans les clubs.

 

 

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Cette page a été mis à jour le 05-sept.-2005

 

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