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Le vieux maréchal de Broglie commandait à Versailles où l'on avait
accumulé près de 20000 hommes. Il avait fait du château son quartier
général et du jardin un camp. Au fond de la cour de marbre, les
bâtiments apparaissaient majestueux, avec des trophées sculptés sur les
façades. Dans les jardins, les parterres d'eau s'étendaient immobiles.
La perspective fuyante de l'Allée Royale était sillonnée de patrouilles
et d'estafettes. Devant la grille, surmontée d'emblèmes dorés,
veillaient deux gardessuisses; on avait toujours vu à ce poste un
Français et un Suisse, mais le roi avait supprimé le service des
gardes-françaises depuis leur mutinerie.
Un bataillon des Gardes-Suisses occupait l'Orangerie; l'antichambre du
maréchal était remplie d'ordonnances de tous les régiments et d'aides de
camp prêts à monter à cheval. On y voyait des bureaux et des commis
occupés à écrire. On donnait une liste d'officiers généraux employés, on
faisait un ordre de bataille. Une pareille mise en scène ne fit
qu'accroître l'inquiétude de l'Assemblée nationale et hâta la
Révolution.
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Le 12 juillet 1789, les troupes dispersent
une manifestation révolutionnaire sur la place Louis XV (Concorde)
Bibliothèque nationale, Berne
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A partir du mois de juillet, les alertes devinrent continuelles, et
l'audace de ceux qui insultaient les soldats alla croissant. Le régiment
de Reinach, cantonné à Saint-Cloud, gardait le pont de Sèvres où l'on
avait placé du canon. La troupe était sur pied jour et nuit. Le 11,
un rassemblement considérable se forma autour du quartier. Une
espèce d'hercule, plus hardi que les autres émeutiers, s'avança et
vociférant, invectiva les soldats et provoqua les officiers. Le
chevalier d'Andlau, d'Arlesheim, près de Bâle, sous-lieutenant de
grenadiers, un homme superbe, lui donna un coup de plat de sabre entre
les deux épaules qui l'étendit raide mort sur le carreau. La foule
impressionnée se retira. Tout le jour, les soldats de Reinach virent
passer des bandes de gardes-françaises avinées, qu'accompagnait une
foule en délire. Les déserteurs invitaient les Suisses à les suivre à
Paris, leur promettant de l'argent et de l'avancement. On dédaignait de
répondre. Les sollicitations se répétèrent le lendemain. Cette fois,
raconte le lieutenant Roesselet « vingt-deux mauvais sujets >} se
laissèrent entraîner (Souvenirs d'Abraham Roesseler,
de Bienne, publiés par R. De Steiger. Neuchâtel, 1857, p 22).
"A chaque pas, on rencontrait dans les rues des hommes dont l'aspect
effrayant annonçait la soif du sang et du
pillage (Besenval : Mémoires, II, 357)."
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Le dimanche 12 juillet, vers midi,
la nouvelle de la destitution de Necker, ministre des finances, se
répand dans Paris. «Aux armes! s'écrie Camille Desmoulins, les Suisses
et les Allemands du Champ-de-Mars entreront ce soir dans la ville pour
égorger les habitants. » Le peuple, échauffé par ces discours, s'ameute
et se porte en colonne immense sur la place Louis XV. V ers la place
Vendôme, cette foule rencontre les escadrons du Royal-Allemand qui
fondent sur elle et la repoussent dans la rue Royale. Un vieillard est
tué dans la bagarre; à la vue du sang, la multitude exaspérée enfonce
les boutiques des armuriers et s'apprête au combat. C'est alors que les
gardesfrançaises désertent en masse, se mêlent au peuple, attaquent les
cavaliers du RoyalAllemand et impriment ainsi à la Révolution son
premier mouvement. Ils organisent méthodiquement la révolte et formeront
plus tard le noyau et les cadres de la garde nationale de Paris.
Les mesures sont prises; aussitôt
trois bataillons des Gardes-Suisses et SalisSamaden vont se porter aux
Champs-Elysées avec quatre pièces de canon. En passant près du jardin
des Tuileries, Salis essuie une vive fusillade. Les troupes qui se
rendent à la place Louis XV sont assaillies de propos injurieux,
bombardées à coups de pierres et de pistolet; plusieurs hommes sont
grièvement blessés, sans qu'il échappe un geste menaçant aux soldats
tant est respecté l'ordre de ne pas répandre une seule goutte de sang
des citoyens si l'on n'est pas attaqué. Le désordre augmente, un vent de
folie passe sur la ville, des rixes s'engagent un peu partout entre le
peuple et les troupes. Vers les Il heures du soir, les
gardes-françaises, au nombre d'environ douze cents, suivies de quelques
milliers de manifestants, se dirigent à la lueur des flambeaux vers la
place Louis XV, pour en chasser les troupes réglées.
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L'embarras de Besenval est
extrême, le roi ne lui envoie aucun ordre. Doit-il prendre la
responsabilité de balayer le peuple 1 Laissera-t-il, au contraire, cette
foule se livrer à des excès que plus tard on lui reprocherait
certainement 1 « Toutes choses considérées, raconte Besenval, je crus
que le plus sage était de retirer les troupes et de livrer Paris à
lui-même. C'est à quoi je me déterminai, vers une heure du matin.»
Les régiments se concentrent donc
au Champ-de-Mars. L'insurrection a le champ libre. Des bandes de
malfaiteurs en profitent pour piller Saint-Lazare, pour dévaliser les
orfèvres et forcer les boutiques des marchands de vin. Des incendies
s'allument au faubourg Saint-Antoine, au faubourg Saint-Honoré.
Les gardes-françaises emploient la
journée du 13 à organiser leurs forces. Les plus instruits indiquent les
moyens de se rendre maîtres de la Bastille dont l'attaque était résolue
depuis longtemps dans les clubs.
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