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06-déc.-2011

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Vue de la Bastille, de la porte St-Antoine et du faubourg, au XVIII ème siècle


LA PRISE DE LA BASTILLE

Trente Suisses des régiments de Reinach et de Salis-Samaden sont les premières victimes
de la fureur populaire

 

A l'aube du 14 juillet 1789, les tambours battent le rappel des «patriotes ». En même temps, vingt-cinq grenadiers du régiment de Reinach, sous les ordres du chevalier d'Andlau, parent de Saint-Cloud pour escorter un convoi de munitions destiné au ravitaillement de la Bastille. A la barrière de l'Etoile, la petite troupe se voit entourée par une multitude de gens armés. Une décharge renverse une vingtaine d'assaillants. Après un court corps à corps, les émeutiers parviennent à s'emparer du convoi; les Suisses abandonnent deux morts et sept blessés.

La journée continue par le pillage de l'arsenal des invalides où la foule, guidée par les gardes-françaises, s'empare de 28'000 fusils et de plusieurs canons, malgré les efforts de M. de Sombreuil. Une fois armé, le peuple se précipite vers la Bastille, dont les murailles sombres se dressent comme l'emblème du pouvoir arbitraire. Le gouverneur, M. de Launay, refuse de se rendre.

La vieille forteresse, depuis longtemps désarmée, est défendue par quatre-vingt-deux invalides et trente-deux fusiliers du régiment de Salis-Samaden avec un sergent, commandes par le lieutenant de Flue, de Saxlen (Unterwald). Au point de vue militaire, toute la gloire de cette journée revient à cette poignée de braves qui se maintinrent pendant plusieurs heures contre la masse des assaillants.
 


Fusilier du régiment suisse
de Salis-Samaden, 1789
Aquarelle de la collection Jenny-Squeder
Ennenda

Les chefs de l'insurrection eurent pour auxiliaires la tourbe de tous pays qui grouillait dans les bas­fonds de Paris. Ces gens salirent leur trop facile victoire par l'assassinat et le vol.

L'attaque commence à trois heures du soir. Elle est repoussée au début avec une perte d'environ 150 citoyens. Les gardes­françaises dirigent les colonnes d'assaut avec ensemble, trament au milieu d'une grêle de balles, cinq pièces de canon et un mortier devant la porte qui fait communiquer le jardin de l'arsenal avec la cour inférieure. Cette porte cède bientôt sous leurs coups. M. de Launay repousse toute capitulation, menace de mettre le feu aux poudres et de s’ensevelir sous les ruines du château. Il tient déjà une mèche allumée à la main lorsque deux invalides l'empêchent d'exécuter son dessein. Quatre autres invalides, effrayes du sort qui les attend, abaissent alors le pont-levis sur le fosse. La foule s'engouffre dans les cours, on désarme les malheureux défenseurs. Le pillage commence aussitôt. La plupart des invalides et vingt et un suisses sont massacres ou jetés du haut des tours. On court délivrer les prisonniers que l'on croyait en grand nombre, on n'en trouve que six: quatre faussaires et deux fous. Il faut rendre justice aux gardes-françaises, ils fient leur possible pour sauver la vie des prisonniers, ils parvinrent a en soustraire quelques-uns à la férocité du vainqueur.
 


14 juillet 1789
Suisses prisonniers de l'émeute escortés par des

ex-gardes françaises
Peinture de Raffet, Collection

Voici comment le lieutenant de Flue raconte dans un rapport à ses chefs la marche de la Bastille à l'Hôtel de Ville. « Après bien des menaces et des mauvais traitements, la fureur se calma peu à peu. On m'entraîna à l'Hôtel de Ville avec ceux de ma troupe qui avaient pu rester près de moi. Pendant le trajet, le peuple ne cessa de demander que l'on nous pendit... M. de Launay me précédait de quelques pas. Depuis la Bastille jusqu'a l'Hôtel de Ville, la route ne fut pour lui qu'un long et cruel supplice. II recevait de toutes parts des coups d'épée et de baïonnette et comme il avait la tête nue, on le distinguait aisément pour le frapper. L'un de ses conducteurs qui s'en aperçut, lui mit son chapeau sur la tête, mais les coups s'étant diriges sur ce particulier, le gouverneur voulut qu'il reprit son chapeau. Entre l'arcade Saint-Jean et le perron de l'Hôtel de Ville, je vis tout à coup une tête sanglante et meurtrie au bout d'un bâton: c'était celle de M. de Launay ! »

« Le major de Losme et l'aide-major Miray, un officier et deux soldats invalides, dont un était blessé à la tête, furent pendus ou exécutes au même instant. J'étais étonné qu'on m'eut épargne. Arrive à I'Hôtel de Ville, on me présenta à un comité qui y siégeait. Pour calmer la fureur du peuple et sauver les débris de ma troupe, ainsi que moi-même, je déclarai vouloir me rendre a la Nation; mon offre fut accepté.
 


Prise de la Bastille 14 juillet 1789
Bibliothèque nationale suisse
 

On nous conduisit en triomphe au Palais Royal, où nous fîmes le tour du jardin. (rapport du lieutenant de Flue au colonel de Salis) » Le soir même, en apprenant la prise de la Bastille, le roi s'écria: «C'est donc une révolte! » --- «Non, Sire, répondit un courtisan, c'est une révolution ! » Les troupes étrangères se retirèrent à Sèvres et à Versailles. C'était un coup mortel porté à la monarchie. Le maréchal de Broglie et Besenval voulaient marcher sur Paris avec 25 000 hommes et se flattaient d'étouffer l'insurrection. Le roi s'y opposa. Il lui répugnait de verser le sang de son peuple.

Sur le désir de Louis XVI, les régiments quittèrent Versailles et reprirent le chemin de leurs garnisons. Le 17 juillet, de toute cette armée accourue pour défendre le trône, il ne restait plus que le régiment des Gardes Suisses; aucun décret de l'Assemblée ne pouvait les éloigner, ]e roi lui-même n'en avait pas le droit sans le consentement de ]a Diète helvétique. Les obligations de ce régiment étaient : «Servir le roi et la France dans les ordres de la personne du roi considère comme le seul et unique représentant de la Nation. (Revue des Etudes historiques, Paris, sept.-oct. 1909. J. Cart : Le régiment des Gardes-Suisses, p. 508.)

 

Versailles reprit pour quelque temps son aspect de paisible résidence. Au fond de la cour de marbre, les façades apparaissent majestueuses. Dans les jardins, les parterres d'eaux s'étendent immobiles, l’Allée Royale est déserte. Devant la grille, surmonter de trophées do­res, veillent deux sentinelles. L'une est un garde-suisse, son habit écarlate, la cocarde blanche de son tricorne sym­bolisent l'ancienne monar­chie, la France de Fontenoy et aussi la vieille Suisse des XIII Cantons; l'autre, vêtu de bleu, porte une cocarde tricolore, c'est un garde na­tional, un conscrit de l'ar­mée nouvelle, un futur soldat de la République.


Château de Versaille, vue sur le parc
 

La prise de la Bastille eut un effet immédiat: elle brisa les liens de la discipline dans l'armée royale. Le soldat fit cause commune avec le peuple, il lui tendit la main et désormais s'établit entre eux un pacte d'alliance. Ce fut à partir 14 juillet qu'éclatèrent ouvertement les luttes entre les officiers et la troupe. Une série de mutineries et d'insurrections ensanglantèrent les villes de France. « Apprenant, dit le Moniteur, qu'il était libre avant de savoir ce qu'était la liberté, mais se souvenant de l'excès de ses maux, le peuple se hâta de frapper ses ennemis et de briser toutes ses chaînes.» Les soldats crurent devoir imiter cette conduite; les officiers leur apparurent comme des ennemis.

A Rennes, à Bordeaux, à Caen, à Besançon, à Strasbourg, le désordre fut à son comble. Il y eut des officiers massacrés. Des bandes de rebelles s'échappèrent des casernes, brisèrent les portes des prisons, firent ripaille jour et nuit, en pleine rue, avec des repris de justice et des filles publiques, pillant les caves et forçant les cabaretiers à leur donner à boire gratis. Les bourgeois terrifiés s’enfermaient dans leurs maisons. Aucun pouvoir ne parvenait à mettre fin à ces brigandages. De véritables batailles se livraient à chaque instant entre les hommes restés fidèles et les mutins. Des milliers de déserteurs maraudaient sur les grands chemins. L'insubordination croissante, l'insolence des clubs, l'empire que prenaient les sociétés populaires sur les soldats, décourageaient les officiers. Ils étaient abreuvés d'humiliations et de dégoûts. Le terrain leur manquait sous les pieds. Ils essayèrent un moment de reprendre un peu d'autorité en s'occupant de leurs soldats, ils voulurent racheter le passe en employant la douceur. Mais il était trop tard. On se méfia de leurs avances. Aussi, quand ils virent les princes du sang et la haute noblesse passer la frontière, les officiers émigrèrent à leur tour. Quelques-uns donnèrent leur démission, d'autres refusèrent de prêter le nouveau serment « à la Nation, à la loi et au roi». L'armée française se trouva désorganisée au moment où I'Europe déclarait la guerre à la Révolution. Mais cette armée renfermait en elle une force nouvelle qui devait la sauver.

Pages 588-589-590-591    du livre "Honneur et fidélité"

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Cette page a été mis à jour le 29-oct.-2005

 

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