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Vue de la Bastille, de la porte St-Antoine et du faubourg, au XVIII ème
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LA PRISE DE LA BASTILLE
Trente Suisses des régiments de Reinach et de Salis-Samaden sont les
premières victimes
de la fureur populaire
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A l'aube du 14 juillet 1789, les tambours battent le rappel des
«patriotes ». En même temps, vingt-cinq grenadiers du régiment de
Reinach, sous les ordres du chevalier d'Andlau, parent de
Saint-Cloud pour escorter un convoi de munitions destiné au
ravitaillement de la Bastille. A la barrière de l'Etoile, la petite
troupe se voit entourée par une multitude de gens armés. Une décharge
renverse une vingtaine d'assaillants. Après un court corps à corps, les
émeutiers parviennent à s'emparer du convoi; les Suisses abandonnent
deux morts et sept blessés.
La journée continue par le pillage de l'arsenal des invalides où la
foule, guidée par les gardes-françaises, s'empare de 28'000 fusils et de
plusieurs canons, malgré les efforts de M. de Sombreuil. Une fois armé,
le peuple se précipite vers la Bastille, dont les murailles sombres se
dressent comme l'emblème du pouvoir arbitraire. Le gouverneur, M. de
Launay, refuse de se rendre.
La vieille
forteresse, depuis longtemps désarmée, est défendue par
quatre-vingt-deux invalides et trente-deux fusiliers du régiment de
Salis-Samaden avec un sergent, commandes par le lieutenant de
Flue, de Saxlen (Unterwald). Au point de vue militaire, toute la
gloire de cette journée revient à
cette poignée de braves qui se
maintinrent pendant plusieurs heures contre la masse des assaillants.
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Fusilier du régiment suisse
de Salis-Samaden, 1789
Aquarelle de la collection
Jenny-Squeder
Ennenda |
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Les chefs de l'insurrection eurent pour auxiliaires la tourbe de tous
pays qui grouillait dans les basfonds de Paris. Ces gens salirent leur
trop facile victoire par l'assassinat et le vol.
L'attaque commence à
trois heures du soir. Elle est repoussée au début avec une perte
d'environ 150 citoyens. Les gardesfrançaises dirigent les colonnes
d'assaut avec ensemble, trament au milieu d'une grêle de balles, cinq
pièces de canon et un mortier devant la porte qui fait communiquer le
jardin de l'arsenal avec la cour inférieure. Cette porte cède bientôt
sous leurs coups. M. de Launay repousse toute capitulation, menace de
mettre le feu aux poudres et de s’ensevelir sous les ruines du château.
Il tient déjà une mèche allumée à la main lorsque deux invalides
l'empêchent d'exécuter son dessein. Quatre autres invalides, effrayes du
sort qui les attend, abaissent alors le pont-levis sur le fosse. La
foule s'engouffre dans les cours, on désarme les malheureux défenseurs.
Le pillage commence aussitôt. La plupart des invalides et vingt et un
suisses sont massacres ou jetés du haut des tours. On court délivrer les
prisonniers que l'on croyait en grand nombre, on n'en trouve que six:
quatre faussaires et deux fous. Il faut rendre justice aux
gardes-françaises, ils fient leur possible pour sauver la vie des
prisonniers, ils parvinrent a en soustraire quelques-uns à la férocité
du vainqueur.
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14 juillet
1789
Suisses prisonniers de l'émeute escortés par des
ex-gardes françaises
Peinture de Raffet, Collection |
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Voici comment le lieutenant de Flue raconte
dans un rapport à ses chefs la marche de la Bastille à l'Hôtel de Ville.
« Après bien des menaces et des mauvais traitements, la fureur se calma
peu à peu. On m'entraîna à l'Hôtel de Ville avec ceux de ma troupe qui avaient pu rester près de
moi. Pendant le trajet, le peuple ne cessa de demander que l'on nous
pendit... M. de Launay me précédait de quelques pas. Depuis la Bastille
jusqu'a l'Hôtel de Ville, la route ne fut pour lui qu'un long et cruel
supplice. II recevait de toutes parts des coups d'épée et de baïonnette
et comme il avait la tête nue, on le distinguait aisément pour le
frapper. L'un de ses conducteurs qui s'en aperçut, lui mit son chapeau
sur la tête, mais les coups s'étant diriges sur ce particulier, le
gouverneur voulut qu'il reprit son chapeau. Entre l'arcade Saint-Jean et
le perron de l'Hôtel de Ville, je vis tout à coup une tête sanglante et
meurtrie au bout d'un bâton: c'était celle de M. de Launay ! »
« Le major de Losme et l'aide-major
Miray, un officier et deux soldats invalides, dont un était blessé à la
tête, furent pendus ou exécutes au même instant. J'étais étonné qu'on
m'eut épargne. Arrive à I'Hôtel de Ville, on me présenta à un comité qui
y siégeait. Pour calmer la fureur du peuple et sauver les débris de ma
troupe, ainsi que moi-même, je déclarai vouloir me rendre a la Nation;
mon offre fut accepté.
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Prise de
la Bastille 14 juillet 1789
Bibliothèque nationale suisse
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On nous conduisit en triomphe au Palais Royal, où nous fîmes le tour du
jardin. (rapport du lieutenant de Flue
au colonel de Salis) » Le soir même, en apprenant la prise de
la Bastille, le roi s'écria: «C'est donc une révolte! » --- «Non, Sire,
répondit un courtisan, c'est une révolution ! » Les troupes étrangères
se retirèrent à Sèvres et à Versailles. C'était un coup mortel porté à
la monarchie. Le maréchal de Broglie et Besenval voulaient marcher sur
Paris avec 25 000 hommes et se flattaient d'étouffer l'insurrection. Le
roi s'y opposa. Il lui répugnait de verser le sang de son peuple.
Sur le désir de Louis
XVI, les régiments quittèrent Versailles et reprirent le chemin de leurs
garnisons. Le 17 juillet, de toute cette armée accourue pour défendre le
trône, il ne restait plus que le régiment des Gardes Suisses; aucun
décret de l'Assemblée ne pouvait les éloigner, ]e roi lui-même n'en
avait pas le droit sans le consentement de ]a Diète helvétique. Les
obligations de ce régiment étaient : «Servir le roi et la France dans
les ordres de la personne du roi considère comme le seul et unique
représentant de la Nation. (Revue des Etudes historiques, Paris, sept.-oct. 1909. J. Cart : Le
régiment des Gardes-Suisses, p. 508.)
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Versailles reprit pour quelque temps son aspect de paisible résidence.
Au fond de la cour de marbre, les façades apparaissent majestueuses.
Dans les jardins, les parterres d'eaux s'étendent immobiles, l’Allée
Royale est déserte. Devant la grille, surmonter de trophées dores,
veillent deux sentinelles. L'une est un garde-suisse, son habit
écarlate, la cocarde blanche de son tricorne symbolisent l'ancienne
monarchie, la France de Fontenoy et aussi la vieille Suisse des XIII
Cantons; l'autre, vêtu de bleu, porte une cocarde tricolore, c'est
un garde national, un conscrit de l'armée nouvelle, un futur soldat de
la République. |

Château de
Versaille, vue sur le parc
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La prise de
la Bastille eut un effet immédiat: elle brisa les liens de la discipline
dans l'armée royale. Le soldat fit cause commune avec le peuple, il lui
tendit la main et désormais s'établit entre eux un pacte d'alliance. Ce
fut à partir 14 juillet
qu'éclatèrent ouvertement les luttes entre les officiers et la troupe.
Une série de mutineries et d'insurrections ensanglantèrent les villes de
France. « Apprenant, dit le Moniteur, qu'il était libre avant de savoir
ce qu'était la liberté, mais se souvenant de l'excès de ses maux, le
peuple se hâta de frapper ses ennemis et de briser toutes ses chaînes.»
Les soldats crurent devoir imiter cette conduite; les officiers leur
apparurent comme des ennemis.
A Rennes, à
Bordeaux, à Caen, à Besançon, à Strasbourg, le désordre fut à son
comble. Il y eut des officiers massacrés. Des bandes de rebelles
s'échappèrent des casernes, brisèrent les portes des prisons, firent
ripaille jour et nuit, en pleine rue, avec des repris de justice et des
filles publiques, pillant les caves et forçant les cabaretiers à leur
donner à boire gratis. Les bourgeois terrifiés s’enfermaient dans leurs
maisons. Aucun pouvoir ne parvenait à mettre fin à ces brigandages. De
véritables batailles se livraient à chaque instant entre les hommes
restés fidèles et les mutins. Des milliers de déserteurs maraudaient sur
les grands chemins. L'insubordination croissante, l'insolence des clubs,
l'empire que prenaient les sociétés populaires sur les soldats,
décourageaient les officiers. Ils étaient abreuvés d'humiliations et de
dégoûts. Le terrain leur manquait sous les pieds. Ils essayèrent un
moment de reprendre un peu d'autorité en s'occupant de leurs soldats,
ils voulurent racheter le passe en employant la douceur. Mais il était
trop tard. On se méfia de leurs avances. Aussi, quand ils virent les
princes du sang et la haute noblesse passer la frontière, les officiers
émigrèrent à leur tour. Quelques-uns donnèrent leur démission, d'autres
refusèrent de prêter le nouveau serment « à la Nation, à la loi et au
roi». L'armée française se trouva désorganisée au moment où I'Europe
déclarait la guerre à la Révolution. Mais cette armée renfermait en elle
une force nouvelle qui devait la sauver. |
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Pages 588-589-590-591 du livre
"Honneur et fidélité" |
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